Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
Les romans de cette rentrée littéraire n'ont parfois de roman que le nom. Après le Limonov d'Emmanuel Carrère et ce roman-ci, nous voilà plutôt plongés dans la réalité que dans la fiction. J'en finis par avoir hâte de me plonger dans un roman, un vrai, sans ancrage aucun avec la réalité. Mais ça, c'est une autre histoire.
Rien ne s'oppose à la nuit, vous le savez toutes, raconte l'histoire de la mère de Delphine de Vigan, une fille, puis une femme trop belle, brisée par les deuils familiaux et le silence des autres. Une femme qui attire les regards (la photo sur la couverture est superbe) mais qui, lors des repas de famille, se fait toute petite. Une femme qui souffre et qui fait souffrir ses enfants qu'elle est incapable d'élever, souffrant de bipolarité.
Dès le début, j'ai eu l'impression d'écouter une histoire qui ne m'était pas destinée et pourtant, je l'ai finie, comme poussée par une curiosité déplacée. Je comprends la démarche de l'auteure, elle avait besoin de raconter l'histoire de cette famille, c'est sa manière de faire son deuil. J'ai plus de mal à comprendre l'engouement autour de ce roman. Nous voilà au coeur d'une famille où plusieurs enfants se suicideront ou songeront à la faire, à frôler l'histoire de Lucile qu'on devine insoutenable mais sans jamais avoir de certitudes. Oui, ce roman est parfois bouleversant, la fin m'a arraché des larmes qui coulaient en rivière parce que la scène où Delphine découvre sa mère morte est magnifique et sans doute aussi, parce qu'elle renvoie à une peur profondément ancrée, celle de la perte de la Mère. Mais dans ce roman, on accuse les morts, ce sont les seuls coupables (George, Lina même si ce n'est pas clairement exprimé, Lucile même si elle a sans doute des excuses) et on fait toujours attention de ne pas froisser les vivants. J'aurais aimé ne pas commencer ce roman car malheureusement ensuite, il est difficile de le refermer avant la dernière page. D'ailleurs, et c'est la première fois que cela m'arrive, je n'ai pas relu les passages que j'avais marqués pour l'écriture de mon billet. Cela faisait longtemps que je n'avais pas repéré de faute de frappe dans un livre d'une grand maison d'édition mais là, il y en a une (p.94, insructions). Et comme cela faisait aussi longtemps que j'avais lu cette maison d'édition, je me suis rendue compte que le format de ce roman était très exactement la perfection pour moi.
Un grand merci à Miss Orchidée pour avoir pioché ce roman dans ma LAL et me l'avoir offert lors d'un swap Encre noire sur pages blanches.
JC Lattès - Paru le 17/08/2011- 437p.
Commentaires sur Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
- @Leiloona: je pense que ce genre de roman n'est tout simplement pas ce que j'attends d'un roman.
@Aifelle: je ne suis pas étonnée que tu ne te sois pas jetée dessus.
@Sandrine: ah tiens, bizarre! Il y aurait déjà plusieurs éditions?
@L'Ogresse: on finit toujours par trouver des bémols et j'avoue que, lâchement, j'ai attendu d'en lire plusieurs avant de publier mon billet.
@Ys: je n'en avais pas envie non plus mais à force de lire les billets positifs. Et le fait qu'elle ait reçu le Prix Fnac a contribué à me faire changer d'avis.
@Laure: ton billet a été décisif, j'ai enfin réussi à me lancer, je me sentais moins seule.
@keisha: pour d'autres, si.
@Orchidée: mais je te remercie quand-même très fort car c'était très sympa de m'offrir deux romans grand format. Cela m'a touchée.
@Alex: merci. J'avais un peu peur des réactions.
@L'Irrégulière: dans le même style, je n'avais pas du tout aimé Un roman Russe. Depuis, j'ai entendu Carrère dire qu'il avait tout fait pour être un narrateur détestable dans ce roman.
@Hebelit: passe donc ton chemin, au moins pour le moment. - @Tiphanie: je connais ça moi aussi.
@Annie: tu as raison, Annie, c'est toujours par le biais d'un enfant parlant de l'un de ses parents que l'on traîte de cette maladie.
@Orchidée: et que tu avais eu la gentillesse de ma prêter.
@Cynthia: il n'y a pas de suspense. On peut connaître l'histoire et l'apprécier, je suppose.
@sylire: comme je n'ai pas m'empêcher de le faire aussi.
@clara: son père, c'est encore autre chose mais en partie oui, aussi. Elle sous-entend que dans du côté paternel, des choses ignobles se sont passées mais elle n'en dit pas plus. Pourquoi le mentionner ici puisque ce n'est pas le sujet de ce roman. Et je trouve toujours très facile de s'en prendre à ceux qui ne peuvent se défendre, puisqu'ils ne sont plus là. D'un autre côté, elle insiste sur le fait qu'elle demande l'avis des uns et des autres et qu'elle ne veut blesse personne. Cela me choque, ces deux poids, deux mesures. C'est un peu un manque de courage, non?
@lucie: ce roman a reçu le prix france télévision hier. Il recevra sans doute aussi le prix Elle,et le Goncourt des Lycéens, donc aura récupéré les voix d'une énorme majorité de lecteurs. Preuve que j'ai tort de ne pas l'avoir aimé. - Un manque de courage, non pas de mon point de vue. Oui, elle mentionne l'existence de certains faits concernant son père ( on n'en sait pas plus) mais ce n'est pas le sujet du livre. Et ces faits n'ont aucun lien avec l'histoire de sa mère.
Par rapport à ses oncles et ses tantes, ils ont tous émis le souhait ( si je m'en souviens bien) que le portait de leur sœur ainsi raconté lui ressemble. Et c'est une Lucile sous toutes ses facettes qu'elle dépeint.
Au niveau de la narration, au contraire, passer de "elle à "je" , je trouve cela courageux. Car elle e s'expose publiquement ce que veut dire également affronter des regards et quelquefois la suspicion liée à cette maladie.. - quand j'avais lu Les Heures Souterraines, son précédent roman, j'avais eu l'impression de m'immiscer et d'observer une histoire très privée, de celles que l'on ne raconte pas. j'étais une intruse, peu importe la force du récit, sa charge critique envers la société ou les envolées de la plume de l'auteur...
- Un avis mitigé certes, mais on sent quand même que le livre t'a emportée puisque tu ne l'as pas lâché jusqu'à la fin...
C'est déjà une grande prouesse même si tu as senti que cette histoire, somme toute très intime, n'était pas pour toi.
Et si c'était ça un bon livre, quelque chose qui te choquerait, te remuerait et qui te mettrait mal à l'aise...mais dont tu ne pourrais arrêter la lecture? - je suis étonnée de voir dans les commentaires la confusion qui est faite entre le père et le grand-père de Delphine de Vigan, car c'est bien du grand-père(et donc le père de Lucile) qu'il est question ici! pour le reste, j'ai pour ma part adoré, sans aucune réserve, je me place donc dans la cohorte des "touchés-coulés"!
















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